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Mobiles : le manque de concurrence empêche les tarifs de baisser

Source / Speaker:
Le Monde
Date:
Wednesday, 12 May 2004
Pour dynamiser un marché que se partagent SFR, Orange et Bouygues Télécom, l'Autorité de régulations des télécommunications pourrait autoriser l'arrivée d'opérateurs virtuels, comme au Royaume-Uni ou au Danemark. Pour l'instant, la France a les prix les plus élevés d'Europe. Le téléphone mobile est-il trop cher en France ? Le mouvement de boycottage des minimessages, lancé par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir dimanche 9 mai, a eu le mérite d'ouvrir le débat. L'association milite pour la baisse des prix des SMS, qu'elle juge exorbitant (15 centimes d'euro hors forfaits). Des tarifs fixés par les trois acteurs du marché, Orange, SFR et Bouygues Telecom. L'UFC-Que Choisir a trouvé un soutien implicite et inattendu de la part de l'Autorité de régulations des télécommunications (ART). Selon une étude - réalisée par le cabinet Omsyc pour l'ART en décembre 2003 - qui compare les situations de sept pays européens, la France est le mauvais élève de l'Europe. Le prix à la minute y est le plus cher : "25 centimes d'euros", précise l'étude, alors que la moyenne des pays européens s'élève à 20 centimes. Parmi les pays les plus attractifs en matière de tarif, la Suède, la Finlande et le Royaume-Uni, dont les prix se situent dans une fourchette comprise entre 13 et 18 centimes. Des différences de politiques tarifaires qui influent logiquement sur le comportement des consommateurs européens. Là aussi la France est à la traîne, avec un taux de pénétration du téléphone portable de 69,5 %. Tandis que les pays où le téléphone portable est moins cher obtiennent de plus beaux scores : 89 % en Suède, 86 % en Finlande, 84 % au Royaume-Uni. Comme le soulignent les auteurs de cette étude, "le développement du marché est l'un des principaux indicateurs d'intensité concurrentielle. Plus la concurrence est active et plus la diffusion des services est importante". Y a-t-il un remède à la situation française ? Certains pays européens, à l'instar de la Grande-Bretagne ou du Danemark, l'ont trouvé : ouvrir leur marché à des opérateurs virtuels. Les fameux MVNO, de l'anglais "mobile virtual network operator". Des acteurs qui ne possèdent pas de réseau mais qui achètent des minutes de conversation en gros et les revendent au meilleur prix. Dans ces deux pays, l'arrivée de tels acteurs a permis d'apporter plus de concurrence. En France, la situation est pour l'instant bloquée, malgré la pression de certains acteurs comme Tele2 ou Phone House, qui se verraient bien devenir des opérateurs virtuels de téléphonie mobile. Elle devrait cependant changer rapidement. En 2002, l'ART avait refusé l'introduction de MVNO. Aujourd'hui, sa position s'est assouplie. "L'ART est favorable à l'émergence de ce nouveau type d'acteurs, indique Paul Champsaur, son président. Nous aimerions que des accords puissent être trouvés entre des candidats à la téléphonie mobile et des opérateurs déjà installés." Les opérateurs aussi commencent à y venir. Il faut dire qu'ils n'ont pas vraiment le choix. D'ici à la fin de l'année, l'ART aura sans doute constaté que le marché de la téléphonie mobile n'est pas assez concurrentiel et les obligera à passer des accords. De même, lorsque SFR a acheté sa licence UMTS (la téléphonie de troisième génération), il s'est engagé à accueillir des MVNO. "Il peut y avoir des accords avec un partenaire qui apporte un complément à nos offres au niveau de la distribution, soit sur des zones géographiques, soit au niveau des services", explique ainsi Bertrand Mabille, directeur de la réglementation. Mais pas question de signer avec des acteurs qui casseraient les prix. "Nous devons trouver des partenaires solides puisqu'on va leur demander des engagements de volumes, de niveau de trafic et d'augmentation du parc d'abonnés", ajoute M. Mabille. De son côté, Didier Quillot, PDG d'Orange, est moins enthousiaste. Toutefois il précise : "Nous sommes ouverts à des accords commerciaux avec des acteurs qui veulent créer de la valeur grâce à une politique de marketing complémentaire à la nôtre permettant d'augmenter la concurrence en France." En revanche, Bouygues Telecom, qui n'a pas souhaité répondre aux questions du Monde, semble viscéralement opposé à ce genre d'accord dans lequel le MVNO est libre de proposer tous les services qu'il souhaite. Tout juste l'opérateur français a-t-il accepté de signer un contrat avec Transatel, une société de commercialisation de services créée en 2000. Celle-ci propose à une clientèle de grands voyageurs une offre leur permettant d'obtenir une réduction comprise entre 20 % et 50 % sur leurs appels GMS émis depuis la France, la Belgique, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. "Lorsqu'un abonné utilise son portable dans ces pays-là, son opérateur lui facture entre 0,80 centime et 1 euro la minute. Transatel lui vend à 0,18 centime", indique Bertrand Salomon, directeur général de Transatel. En attendant que le marché s'ouvre, les prétendants se préparent. A l'instar de Tele2 France, le deuxième opérateur de téléphonie fixe qui compte 3,5 millions de clients, des grands de la distribution de téléphonie mobile espèrent, via le MVNO, élargir leurs prestations. Ainsi, Phone House travaille depuis quelques mois sur une idée de MVNO régional notamment en Bretagne, en Alsace ou encore en Auvergne. "En Bretagne, par exemple, le taux de pénétration est inférieur à celui de la Hongrie. Et ce n'est pas une question de couverture du réseau", note Geoffroy Roux de Bézieux, son directeur général. Mais les négociations avec SFR et Orange sont plus longues que prévues. "Nous comptons aboutir mais nous sommes loin d'être prêts", avoue-t-il. Deux autres candidats, Coriolis et Debitel, sont aussi en négociation avec SFR mais ont du mal à se mettre d'accord sur le prix de vente de la minute. Une résistance d'autant plus étonnante que dans les autres pays où les MVNO sont présents, tous les acteurs ont été gagnants. L'opérateur engrange certes moins de chiffre d'affaires mais il augmente son portefeuille d'abonnés sans dépenser un sou. Pour le client, l'intérêt est évident. Il peut, enfin, avoir une offre plus diversifiée et moins chère. Nathalie Brafman

La France, lanterne rouge en Europe

• Définition Un opérateur de téléphonie mobile virtuel (MVNO) propose une offre de téléphonie mobile sans posséder de réseau. Il achète en gros des minutes de communications à des opérateurs déjà présents.

• Pénétration des opérateurs virtuels en Europe
Il existe des MVNO dans sept pays : le Royaume-Uni (où 12 % des abonnés au mobile le sont par ce biais), le Danemark (20 %), les Pays-Bas (4 %), la Suède (3 %), la Finlande (moins de 1 %, l'offre vient d'être lancée), la Norvège (8 %) et l'Autriche (2 %).

• Profils des candidats potentiels en France
L'Autorité de régulation des télécommunications (ART) a établi des fiches d'identité des candidats potentiels au rôle de MVNO. - Les opérateurs de téléphonie fixe, qui pourraient ainsi élargir leur portefeuille de services. - Les opérateurs de téléphonie mobile dans le pays où ils ne disposent pas de licence. - Les acteurs ayant une marque forte, une bonne expérience de la gestion des relations avec la clientèle et un circuit de distribution efficace. En devenant MVNO, ces sociétés chercheront à fournir des services en tirant parti de leur position dans leur cœur de métier. - Les sociétés de commercialisation de services, qui pourraient ainsi se différencier davantage des opérateurs mobiles dans leurs offres commerciales.

• Part de marché du téléphone mobile en Europe Italie : 94 % ; Suède : 89 % ; Finlande : 86 % ; Royaume-Uni : 84 % ; Norvège : 84 % ; Danemark : 83 % ; Portugal : 83 % ; Espagne : 82 % ; Autriche : 79 % ; Belgique : 79 % ; Irlande : 76 % ; Pays-Bas : 74 % ; Allemagne : 72 % ; France : 69,5 %.

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